L’impact des «Lettres Ouvertes» en faveur d’Ahmed Abdallah Mohamed Sambi
Afin d’intercéder auprès du Président Assoumani Azali en faveur de l’ex-Président
Par Ahmed Ali Amir (AAA)
Remarque préliminaire: La photo ci-haut, c’est l’œuvre Anything to Say? Elle est de Davide Dormino. C’est une sculpture monumentale consacrée à la liberté d’expression et aux lanceurs d’alerte. La chaise vide est une invitation à y monter.
Cette précision étant faite, notons que les lettres ouvertes se succèdent. Après celle, collective, d’anciens Premiers ministres, initiée par Hamada Madi Boléro, sont venues se greffer celle d’élus, de notables, de dignitaires et de simples citoyens.
Toutes ou presque portent la même requête: demander au président Azali Assoumani d’autoriser l’évacuation sanitaire de l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, malade et détenu depuis plusieurs années.
Ces lettres sont souvent rédigées avec gravité. Elles invoquent le Droit, la tradition, les valeurs humanitaires ou encore l’intérêt supérieur de la nation. Elles rappellent que la maladie devrait parfois suspendre les affrontements politiques et que la compassion ne devrait jamais être perçue par les détenteurs du pouvoir comme une faiblesse.
Mais, au-delà de leur contenu et des arguments qu’elles développent, ces lettres interrogent aussi sur leur véritable portée. Car nombre de leurs auteurs savent probablement que leur influence sur la décision finale est limitée. Beaucoup ne sont pas à leur premier essai, comme Mohamed Saïd Abdallah Mchangama. Ils connaissent les rapports de force. Ils mesurent la faiblesse de leurs moyens d’action.
Pourtant, ils écrivent.
Pourquoi? Parce qu’une lettre ouverte n’a pas toujours vocation à convaincre celui à qui elle s’adresse. Elle sert aussi à marquer une position, à laisser une trace, à témoigner devant l’opinion publique et devant l’Histoire. Elle permet à son auteur de dire: «J’ai parlé lorsque le silence était plus confortable. J’ai pris position lorsque d’autres regardaient ailleurs».
Dans ce sens, ces lettres sont parfois moins des instruments de persuasion que des actes de conscience. Elles traduisent le besoin de se situer moralement face à un événement qui dépasse les clivages politiques. Elles permettent également à certains de se prémunir contre le jugement futur, de ne pas être comptés parmi ceux qui se sont tus.
L’efficacité de ces appels reste incertaine. Leur impact sur la décision présidentielle demeure difficile à mesurer. Mais, leur multiplication révèle une réalité plus profonde: lorsqu’une société ne dispose plus de nombreux espaces d’influence, la parole publique devient l’un des derniers recours.
Même lorsqu’elle paraît impuissante, elle demeure une façon d’affirmer qu’il existe encore des principes qui méritent d’être défendus.
Ceux qui ont cru devoir répondre à ces appels ou contester l’urgence de l’évacuation sanitaire passent peut-être à côté de l’essentiel. Car, au fond, la plupart de ceux qui prennent la parole espèrent bien davantage qu’une simple évacuation: ils souhaitent la libération pure et simple de l’ancien président.
La question soulevée ne relève d’ailleurs ni des polémiques publiques, ni des joutes d’opinion. Elle concerne avant tout le président de la République, en fonction, seul détenteur du pouvoir, d’accorder la clémence ou la grâce. Mais, sans empathie, la communication devient froide, inefficace et source de malentendus et de tensions.
Dès lors, les déclarations intempestives, les mises au point excessives ou les longues tribunes rédigées pour réfuter ces interrogations risquent surtout d’ajouter de la confusion à un débat déjà sensible.
À l’heure où une décision aussi importante est attendue, la sérénité et la retenue sont sans doute plus utiles que les controverses.
Peut-être est-ce là la véritable fonction de ces lettres ouvertes: non pas changer le cours des événements avec la certitude d’être entendues, mais rappeler qu’il est des moments où le devoir de parler l’emporte.
Par Ahmed Ali Amir (3 A)
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© www.lemohelien.com – Dimanche 7 juin 2026.





