Une précampagne électorale à Mayotte dans la sérénité, convivialité et le Droit
On est aux antipodes des violences, magouilles, fraudes et ostracismes des Comores
Par ARM
Dans les années 1960-1970, les Mahorais réclamaient la départementalisation de leur île au sein de la France par un slogan resté dans la mémoire, même au-delà de Mayotte: «Nous voulons rester Français pour être libres». Ils ont obtenu la départementalisation de leur île au sein de la France et vivent dans la liberté, une liberté totale et entière. Ironie du sort, alors que les Comores étaient censées obtenir «la liberté» en accédant à l’indépendance, elles subissent une avalanche de dictatures inélégantes, bornées, corrompues, incompétentes et sanglantes. Les Comoriens fuient leur pays dans la clandestinité, la misère et la mort en direction de Mayotte, une île qui a choisi de rester dans la souveraineté de la France. Ce qui fait le plus réfléchir, c’est que, dans les années 1970, à Moroni, avant la proclamation de l’indépendance des Comores, les Comoriens croyaient insulter les Mahorais en les qualifiant de «colonisés». Alors que Mayotte n’est plus une colonie, mais un département français d’outre-mer, ses droits étant ceux des autres départements français, nonobstant la mise à niveau à effectuer, les Mahorais répondent aux Comoriens, avec un air de défi, de dignité et de noblesse: «Oui, nous sommes fiers d’être “colonisés”».
Les Mahorais ont raison: ce ne sont pas eux qui fuient leur île vers les Comores, mais les Comoriens qui débarquent clandestinement dans les mangroves et îlots de Mayotte, y compris leurs anciens Premiers ministres, ministres et Directeurs. Ils viennent quémander une vie, des soins médicaux et la liberté à Mayotte, se livrant à une incroyable gymnastique pour obtenir des documents administratifs français dans des conditions douteuses et indignes.
Ceci nous rappelle le sinistre et lugubre cas d’Ibrahim Halidi Abderemane, ancien ministre puis Premier ministre des Comores, candidat officiel du putschiste Assoumani Azali Boinaheri lors de l’élection présidentielle de 2006, une élection hautement sécurisée par l’Afrique du Sud, que cet Anjouanais perdit au profit d’Ahmed Abdallah Mohamed Sambi. Ibrahim Halidi Abderemane avait soutenu ce que mon ami Philippe Leymarie qualifie sarcastiquement de «caprices meurtriers de brutes galonnées» (Philippe Leymarie: Du «pacte colonial» au choc des ingérences, in Afrique des malédictions, espoirs des Africains (Dossier), Le Monde diplomatique, Paris, mai 1993, pp. 14-15.). Mais, quand Ibrahim Halidi Abderemane tomba gravement malade en 2020, son maître de Bête-Salam refusa de lui signer une prise en charge médicale pour des traitements urgents à Mayotte, où, moribond, sa famille le fit entrer en clandestin, où il fut recueilli et accueilli en clandestin, fut soigné en clandestin, mourut en clandestin le 23 février 2020, et fut enterré en clandestin. Triste.
Toujours est-il que ce samedi 22 novembre 2025, nous avons assisté à Ouangani, au centre de Mayotte, au lancement de la précampagne pour les élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Des CV aussi prestigieux les uns que les autres ont été présentés. Le sociologue marocain Ali Benhaddou a parlé de «l’aristocratie du diplôme» et de «la nomenklatura polytechnicienne»: le mérite individuel. Mieux encore, ce meeting électoral, comme tous les autres qui se tiennent à Mayotte, a été organisé dans une convivialité totale, dans des chants et danses, dans une floraison de discours de haute tenue civique, républicaine et démocratique, dans une sérénité totale. On rivalisait en colliers de jasmin et autres fleurs. La foule était joyeuse, élégante et impressionnante. Bref, c’est la fête dans la beauté et l’apaisement. Il n’y avait ni policier, ni soldat, ni gendarme. Aucun désordre n’a été constaté. Tout était parfait.
De toute manière, à Mayotte, on ne voit ni policier, ni gendarme, ni soldat aux abords des lieux où se tiennent les meetings électoraux. Contrairement à ce qui se passe aux Comores, où les réunions publiques sont interdites hors périodes électorales, en Droit, à tout moment quand il s’agit de l’opposition, à Mayotte, comme partout ailleurs en France, il n’y a pas une période précise pour organiser des réunions politiques et électorales. Aux Comores, même des réunions politiques organisées à domicile sont interdites, leurs organisateurs emprisonnés. Tout observateur objectif le sait: les campagnes électorales sont un moment de gaieté et d’échanges à Mayotte. Il y a des débats publics, au cours desquels des désaccords sont exprimés, mais dans la courtoisie et la civilité. Pendant ce temps, aux Comores voisines, le débat public n’existe pas, faute de liberté et de tolérance, et les échanges entre Comoriens se font sur Internet à coups d’injures et d’insultes. Les Comoriens ont rayé de leur vocabulaire les mots tolérance et argumentation, préférant les affirmations gratuites, le rejet et l’ostracisme contre celui qui pense différemment.
Ici, à Mayotte, tous ceux qui et toutes celles qui remplissent les conditions pour être électeurs, électrices et éligibles le deviennent sans le moindre problème. Aux Comores, le tyran et sa famille désignent tous les candidats qui seront «élus», écartant toutes les candidatures qui ne leur plaisent pas.
À Mayotte, aucun meeting électoral n’est interdit. Aucun meeting électoral n’est troublé. Aucun meeting électoral n’est placé sous surveillance policière. Pourtant, la population de Mayotte est à majorité musulmane et noire, mais dans un département français, Mayotte étant l’un des très rares territoires noirs et musulmans où règnent l’État de Droit et la démocratie, où on organise des élections libres, transparentes et démocratiques, selon les standards propres aux vraies démocraties. Quand on y signale une fraude électorale, elle est prise en compte, étudiée, et si elle s’avère fondée après enquête, l’élection est invalidée.
J’ai résumé tout cela en annonçant à mes amis mahorais: «Avez-vous conscience de la chance que vous avez en pouvant choisir librement vos élus et les projets de société qui vous conviennent? Juste à 70 km d’ici, existe une île qui s’appelle Anjouan. C’est aux Comores. Aux Comores voisines, n’est pas candidat qui veut. Un dictateur et sa famille décident et désignent les candidats, qu’ils font toujours tous “élire”. Depuis 2015, il n’y a pas eu une seule élection crédible aux Comores, mais des mascarades honteuses, au cours desquelles aucun opposant n’a été élu. À Mayotte, la période électorale est faite de fêtes, mais aux Comores, elle est faite de deuils. J’aime les périodes électorales à Mayotte. Je me déplace jusqu’à Grande Terre, même à l’extrême Nord comme à l’extrême Sud, pour assister à des meetings électoraux, en rentrant parfois chez moi à 2 heures du matin, alors que je ne sors jamais de la maison au-delà de 18 heures. Aux Comores, le dernier parti politique créé prétendument par “des opposants”, qui se réclament de “l’intellectualité universelle”, est une succursale de la dictature qu’il est censé combattre».
Par ARM
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© www.lemohelien.com – Samedi 29 novembre 2025.



