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Candidats de mépris pour le pays, l’État et la République

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Candidats de mépris pour le pays, l’État et la République

Sous-estimer les Comores par de candidatures farfelues et saugrenues

Par ARM

   Le dimanche 20 septembre 2015, lors de la réunion publique des partisans du Vice-président Mohamed Ali Soilihi, l’ancien ministre Mohamed Taki Mboreha avait exposé une idée que doivent méditer les Comoriens, surtout en cette période d’élection présidentielle: on peut être chef d’État et finir son mandat de chef d’État sans comprendre la signification de la fonction et de la charge de chef d’État. En d’autres termes, la fonction de chef d’État n’est ni une bêtise, ni une plaisanterie, ni une sinécure. Pour comprendre la lourdeur de la charge de chef d’État, il faut tenir compte de l’opinion émise par l’homme d’État marocain Allal El Fassi (1910-1974), qui a dit au cours du 6ème Conseil national du Parti de l’Istiqlal (13-14 avril 1963): «En réalité, dans l’Islam, le chef de l’État se trouve responsable même des pleurs d’un enfant mal nourri»: Cité par Attilio Gaudio: Allal El Fassi ou l’histoire de l’Istiqlal, Préface de Jacques Berque, Éditions Alain Moreau, Collection «Histoire et Actualité», Paris, 1972, p. 296. C’est la pure vérité. Et pour assumer cette lourde responsabilité, il faut être préparé à la fonction de chef d’État et être entouré d’hommes et de femmes qui ont la même préparation. L’affirmer ne signifie pas être «arrogant», comme le prétendent certains. Malheureusement, aux Comores, c’est une chose qui n’est pas prise en considération. Chacun veut être chef d’État. Chacun veut être Président de la République. «Moi aussi», aurait dit la chèvre, dans la tradition mohélienne, sans savoir de quoi il s’agissait quand elle avait vu de loin Dieu désigner les animaux dont la chair allait servir de nourriture à l’Homme dans le monde, et c’est donc elle-même qui s’est précipitée dans la marmite de l’homme.

   En 2010, lors de l’élection présidentielle, la petite île de Mohéli, avec ses 41.000 habitants et ses 22.000 électeurs, avait aligné 10 candidats, soit un candidat pour 4.100 habitants et pour 2.200 électeurs lors de l’élection primaire. Est-ce sérieux? Naturellement, non! Même si ces candidats présentaient un bon profil, et même si sur la liste, il y avait quatre Docteurs et des personnalités ayant occupé les plus hautes fonctions étatiques (Président de la République par intérim, Vice-présidents, ministres, Gouverneurs, Ingénieurs, etc.), cela donnait tout de même un air de folklore et de manque de sérieux. Par la suite, dès l’annonce de l’avalanche de candidatures pour le scrutin présidentiel de 2016, les Comoriens ont commencé à ne plus rien comprendre sur le bien-fondé de certaines candidatures, dont les auteurs ne savent même pas ce que signifient les expressions «chef d’État» et «Président de la République». Certains Comoriens ne se disent candidats que parce qu’ils méprisent et sous-estiment leur pays, ses institutions, l’État et la République. Si certains avaient le moindre respect et la moindre estime pour leur pays, ils ne l’auraient jamais sous-estimé au point d’être candidats à une élection présidentielle. Nous parlons d’élection présidentielle, Mesdames et Messieurs!

   «C’est la démocratie», diront certains. C’est vrai. Et le Code électoral a fixé des règles pour être candidat à l’élection présidentielle. C’est pareil dans tous les pays du monde. Pourtant, dans les grandes démocraties, il n’y a jamais autant de candidats qu’aux Comores. Aux États-Unis, on n’en compte que 2 candidats pour un pays immense et démocratique. Quand l’écologiste Ralph Nader a été le troisième de l’élection présidentielle de 2000, il a été vertement accusé d’avoir fait perdre l’élection à Al Gore et d’avoir aidé George W. Bush à se faire élire, et l’accusation avait été forte, tellement forte qu’il a reconsidéré ses légitimes et belles ambitions présidentielles. En France, lors de l’élection présidentielle de 2012, il y avait exactement 10 candidats, exactement comme en 2010 à Mohéli, mais la France comptait tout de même 65 millions d’habitants en 2012, un chiffre très éloigné des 41.000 habitants de l’île de Mohéli! Au surplus, en France, les dirigeants de haut niveau sont formés pour la plupart à l’École nationale d’Administration (ÉNA) et à l’Institut d’Études politiques. En France, on continue à dauber sur l’énarchie, du fait de sa puissance, mais sans jamais prouver sa vanité. Il y a d’autres filières qui sont liées à la Gestion publique.

   Grand spécialiste de la sociologie des élites, l’universitaire marocain Ali Benhaddou a parlé de l’«aristocratie du diplôme» et la de «nomenklatura polytechnicienne»: Ali Benhaddou: L’empire des sultans. Anthropologie politique au Maroc, deuxième édition, Riveneuve Éditions, Paris, 2011, p. 247. Pourquoi? Parce que les fonctions stratégiques au Maroc sont confiées à des polytechniciens, à des grands juristes, à des économistes renommés et à des Ingénieurs des Ponts et Chaussées et de l’École des Mines, et ceux-ci ont fait leurs preuves de sérieux et compétence. Naturellement, on y dénonce «la suprématie des francophones», mais, comme cela marche, la critique ne va pas au-delà de certaines limites. On s’en prend de façon rituelle à eux parce que les «francophones» sont très influents, mais jamais parce qu’ils sont incompétents. Cela étant, on apprend beaucoup en parcourant le Trombino Maroc, dans lequel on retrouve la biographie, sans faux diplômes, des dirigeants du pays, même au niveau des chefs de service: Harry Kahloun et autres: Trombino Maroc. Annuaire de l’Administration marocaine, 4ème édition, Antaresse, Casablanca, 2005 (1068 p.).

   Le Président Saïd Mohamed Djohar a rendu aux Comores le pire des services en banalisant les hautes fonctions étatiques, faisant du chef de l’État et des ministres des rigolos. Qui est ce pays où un Caporal Bourhane Hamidou veut devenir Président de la République? Et Ahmed Sambi lui-même vaut-il mieux? En réalité, le Caporal Bourhane Hamidou, qui a été jusqu’en classe de 6ème et qui passait même en 5ème sans y avoir été un seul jour, vaut beaucoup mieux qu’Ahmed Sambi, qui veut qu’on abroge et retire toutes les règles juridiques du pays pour favoriser les desseins politiques d’un analphabète. «Analphabète», Ahmed Sambi? Il est permis de le dire. Voilà un homme qui dit avoir étudié à l’Université à Qom en Iran, alors qu’il n’a pas de Baccalauréat, et alors que quand il s’adresse à des Iraniens, il a besoin des services d’un traducteur. Comment a-t-il donc étudié en Iran alors qu’il ne parle pas le farsi, la langue dans ce pays non-arabe? Et cet homme s’agite comme le petit diable pour devenir Président de la République une deuxième fois, en menaçant le pays du «chaos»? Un analphabète qui prétend avoir été à l’Université? Sans avoir le Baccalauréat? Et les faussaires? Et les faussaires, par Dieu?

   Actuellement, les Ambassades des grandes puissances et des puissances régionales à Paris reçoivent des candidats comoriens au scrutin présidentiel de 2016. Par devoir, les diplomates sont très contents de recevoir ce genre d’individus parce que cela leur permet de prendre le pouls politique des Comores. Seulement, dès que le diplomate étranger a devant lui un rigolo s’exprimant dans un français approximatif et poussif et incapable du moindre propos cohérent et intelligent, il ne méprise pas que cet individu, mais se pose également des questions légitimes sur le sérieux, la viabilité et les soubassements de l’État que veulent diriger ces gens-là. Une personne qui ne sous-estime pas son pays ne prétendrait pas vouloir le diriger alors qu’elle n’a aucun capital culturel. Comment peut-on vouloir diriger un État alors qu’on n’a pas la capacité de diriger un poulailler? Une fois de plus, l’actualité des autres pays peut servir de miroir aux Comores. Pour preuve, actuellement, il y a une élection présidentielle en Guinée-Conakry et en Côte-d’Ivoire. Quand on examine le profil des acteurs politiques y ayant présenté leurs candidatures, cela nous éloigne de la plupart des acteurs politiques qui se piquent de vouloir et pouvoir diriger les Comores. Justement, aux Comores, certains candidats rappellent avant tout le Caporal Foday Sankoh (Sierra-Leone) et le Sergent-chef Samuel Doe (Liberia).

   Il ne s’agit pas de mépriser certains profils, mais de dire que diriger un État exige un minimum. Il n’est pas demandé à un chef d’État d’être un académicien, mais d’avoir une base et de pouvoir s’entourer de gens sérieux. Or, un candidat ayant un niveau proche de zéro ne va pas s’entourer de cadres compétents, mais d’applaudisseurs et d’«ambianceurs» enfarinés, incapables de produire et de proposer la moindre idée intelligente et cohérente. Exagération? Pas du tout. D’ailleurs, un candidat m’a avoué que lesdits applaudisseurs et «ambianceurs» présentent l’avantage, dit-il, «de ne pas m’emmerder avec des idées et des propositions, et cela me permet de m’imposer». En 2013, on a vu comment un parti politique a implosé le jour même de sa formation parce que son «grand timonier» avait réuni des cadres très compétents qui lui ont exprimé des désaccords très sérieux sur les orientations personnelles et familiales du parti mort-né. Cela étant, même si la caution elle-même posera des problèmes insurmontables à certains candidats, il y aura des candidats qui pourront payer la caution, mais pour aller amuser le tapis. Il y a également des candidats qui ne se présentent au scrutin présidentiel de 2016 que pour être appelés par d’autres candidats pour renoncer à leur foutaise, moyennant un poste de ministre en cas d’élection de l’un de ces candidats ayant plus de chances.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Mardi 13 octobre 2015.


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