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Léon M’Ba était très opposé à un Gabon indépendant de la France, «la père patrie»

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Léon M’Ba était très opposé à un Gabon indépendant de la France, «la père patrie»

Félix Houphouët-Boigny ne voulait pas d’une Côte-d’Ivoire indépendante de la France

Par ARM

     Ici et là, certains prétendent que «Mayotte est allée à contre-courant de l’Histoire» pour avoir refusé, lors du référendum d’autodétermination du 22 décembre 1974, l’indépendance dans un futur «État» des Comores. L’option de Mayotte ne saurait être considérée comme «à contre-courant de l’Histoire» puisque le Droit international public offre la possibilité à la colonie d’accéder à l’indépendance tout en restant, en toute liberté, dans la souveraineté de l’ancien colonisateur. En la matière, Mayotte n’est pas la seule ancienne colonie ayant rejeté l’indépendance dans un futur État, pour demeurer au sein de «la mère patrie».

1.- Le Droit international n’impose pas l’indépendance par création d’un nouvel État, mais plusieurs solutions

     Dans les années 1950-1960, la mode était dans le tiers-mondisme et dans «la lutte contre le colonialisme, néocolonialisme et impérialisme». Pourtant, le Droit international public ne fait de l’accession à l’indépendance par création d’un nouvel État la seule possibilité reconnue aux territoires non autonomes.

       Examinons certaines dispositions de la résolution 1541 (XV), adoptée le 15 décembre 1960 par l’Assemblée générale de l’ONU et est intitulée «Principes qui doivent guider les États Membres pour déterminer si l’obligation de communiquer des renseignements prévue à l’alinéa e de l’article 73 de la Charte, leur est applicable ou non».

       Son Principe VI est rédigé dans les termes suivants: «On peut dire qu’un territoire non autonome a atteint la pleine autonomie:

a.- Quand il est devenu État indépendant et souverain;

b.- Quand il s’est librement associé à un État indépendant ou;

c.- Quand il s’est intégré dans un État indépendant».

      Pour sa part, la résolution 2625 (XXV), adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU le 24 octobre 1970, va beaucoup plus loin. Elle a pour titre «Déclaration relative aux principes de Droit international touchant les relations amicales et la coopération entre les États conformément à la Charte des Nations Unies». En effet, elle est porteuse de la règle juridique suivante: «La création d’un État souverain et indépendant, la libre association ou l’intégration avec un État indépendant ou l’acquisition de tout autre statut politique librement décidé par un peuple constituent pour ce peuple des moyens d’exercer son droit à disposer de lui-même».

      Une seule condition est posée ici par le Droit international public: un choix effectué dans la liberté et la paix, donc, sans contrainte, ni arme.

2.- Léon M’Ba ne voulait ni d’un Gabon indépendant de la France, ni de «Mamadou et Bineta» à l’École

      Le leader gabonais Léon M’Ba aimait profondément la France. Il était très sincère dans sa francophilie. Il tenait à ce que son pays ne devienne pas indépendant de la France, qu’il appelait affectueusement «la mère partie». Les témoignages existants à ce sujet sont très éloquents.

      Il est de notoriété publique que «la Constitution de 1958 prévoyait pour les territoires d’outre-mer trois évolutions possibles: le statu quo, l’indépendance, la départementalisation. Le Conseil de gouvernement du Gabon choisit la troisième voie, la départementalisation, et le “Vieux” charge le Gouverneur d’aller négocier l’affaire à Paris. [Louis] San Marco est fier de cette mission. Persuadé d’être le dépositaire du dossier “colonisation réussieˮ, il est fort étonné et chagriné quand son ministre, [Bernard] Cornut-Gentile, rejette l’idée de faire du Gabon un département français. “L’indépendance comme tout le mondeˮ, dit Paris. Quand il apprit la nouvelle, Léon M’Ba entre dans une colère noire. Il voit dans ce refus un rejet du Gabon par la France. Quelques temps après cette “rebuffade”, Jacques Foccart demandera à San Marco si le projet ne pourrait pas être réenvisagé. Trop tard: le Gabon ne sera jamais plus un département comme la Corrèze ou la Sarthe… Le refus de Cornut-Gentile n’entame pourtant pas en profondeur la francophilie de Léon M’Ba, qui sait par cœur les départements français et souhaite garder aux Gabonais leurs “ancêtres gauloisˮ. Il conservera toujours, derrière son bureau, le drapeau français remis par le Général de Gaulle à tous les pays membres de la Communauté. Obéissant à la même logique, le “Vieux” souhaitera donner au Gabon un drapeau bleu-blanc-rouge – avec un okoumé pour le différencier de l’emblème métropolitain»: Pierre Péan: Affaires africaines, Librairie Fayard, Paris, 1983, pp. 41-42.

      Écoutons justement Louis Sanmarco, qui avait été nommé Gouverneur français du Gabon en 1958, aux côtés de Léon M’Ba: «Jusqu’au bout, Léon M’Ba est resté le patriote français intransigeant qu’il a toujours été. Il voulait bâtir un Gabon français, mais à partir de là, il entendait, lui le Gabonais Français, en être le maître sans partage. Pour le plus grand bien du Gabon et de la France, il entendait que l’autorité de la France soit à sa disposition pour lui assurer le pouvoir absolu, et il ne comprenait pas que je n’entre pas dans ses vues. […]. Jusqu’à sa mort en France en 1967, Léon M’Ba se considérait comme français autant que gabonais. Il avait toujours gardé dans son bureau le drapeau tricolore de la Communauté que de Gaulle avait solennellement remis aux chefs d’État, un jour de fête qui n’eut pas de lendemain». Gouverneur Sanmarco et Samuel Mbajum: Entretiens sur les non-dits de la décolonisation. Confidences d’un Administrateur des Colonies, Préface du Président Abdou Diouf, Les Éditions de l’Officine, Paris, 2007, p. 343.

      Louis Sanmarco signale que «chez Léon M’Ba, qui avait quelques fois des colères célèbres, cette demande [de “l’égalité des droits pour tous dans la République française Une et Indivisible” et non l’indépendance] prenait parfois des chemins surprenants. Comme ce jour où, furieux, il débarqua dans mon bureau en jurant qu’il ne voterait pas un sou pour l’école officielle, mais plutôt pour l’école des Pères (catholiques). La raison de sa colère? Il disait qu’à l’école officielle, on apprenait à lire aux petits Gabonais dans les livres écrits spécialement pour les Africains, “Mamadou et Bineta”. Il considérait que c’était de l’enseignement au rabais, voire de la discrimination raciale! … Il me dit: “Moi j’étais élève chez les Pères, et je connaissais tous mes départements”. Et il ne s’agissait pas de la Ngounié ou de l’Ogoué-Ivindo. Et de citer: “Les Bouches du Rhône, chef-lieu Marseille”, etc. Léon M’Ba s’en tenait à “Nos ancêtres les Gaulois”. À mon chef de cabinet Dumont, qui était Savoyard, il disait: “Je suis Français depuis plus longtemps que vous”. C’était 1840 contre 1860…»: Gouverneur Sanmarco et Samuel Mbajum: Entretiens sur les non-dits de la décolonisation. Confidences d’un Administrateur des Colonies, op. cit., pp. 23-24.

      Maintenant, nous allons parler de Félix- Houphouët-Boigny.

3.- L’indépendance de la Côte-d’Ivoire, un «diktat colonial» subi par Félix Houphouët-Boigny

      Félix Houphouët-Boigny avait été Député à Paris du 6 novembre 1945 au 8 février 1959, puis ministre dans la capitale française du 1er février 1956 au 19 mai 1961. Il est également connu pour avoir été l’un des rédacteurs de la Constitution du 4 octobre 1958.

      Très francophile, il était opposé à la création d’un État de Côte-d’Ivoire indépendant de la France: «Houphouët ne voulait pas de cette indépendance. Il reprocha amèrement à de Gaulle de l’avoir imposée, d’avoir abandonné le projet de Communauté francophone sous hégémonie française officielle. Mais, avait compris le Général, un tel Empire new-look serait intenable, du moins en gestion directe. Houphouët ne s’y est jamais fait: “J’ai attendu en vain sur le parvis de l’église, avec mon bouquet de fleurs fanées à la main”. Faute de mariage, va pour le concubinage! Les accords de coopération signés dès 1961 reprenaient de fait l’essentiel des dispositions financières et militaires prévues par la Communauté. Dans ce cadre, Houphouët “oubliera très vite sa déception pour prendre en main la défense des intérêts de la France en Afrique”»: François-Xavier Verschave: La Françafrique. Le plus long scandale de la République, Stock, Paris, 1999, p. 130.

      Félix Houphouët-Boigny avait été Président de la Côte-d’Ivoire du 27 novembre 1960 à sa mort, le 7 décembre 1993. Il est le concepteur l’expression «Françafrique», qui devait  désigner une relation fusionnelle entre la France et son «pré carré» francophone d’Afrique, avant de subir le malheureux glissement sémantique qui fera sa mauvaise réputation: «L’expression “Françafrique” aurait été imaginée par Félix Houphouët-Boigny, premier président de la Côte-d’Ivoire (1960-1993). Ministre sous la IVème République, il fut l’une des plumes de la Constitution de la Vème et organisa, avec Charles de Gaulle, le calendrier de la décolonisation. Au lieu de l’indépendance immédiate, Houphouët-Boigny souhaitait une transition en douceur au sein de l’“ensemble français”. La contraction de France-Afrique désigne alors les liens étroits qui doivent perdurer après les indépendances dans l’intérêt des deux parties. Dans un livre paru en 1998 (La Françafrique, Stock, Paris), l’économiste français François-Xavier Verschave donne à l’expression le sens péjoratif qu’elle revêt aujourd’hui. Elle désigne désormais les liens, souvent secrets, entretenus par les classes dirigeantes françaises et africaines dans les domaines politique, économique ou militaire pour leurs profits exclusifs. Cultivant les réseaux discrets et les amitiés compradores, la “Françafrique” maintient les populations locales dans la pauvreté et la soumission à des régimes autocratiques. Depuis François Mitterrand (1981-1995), tous les présidents français affirment vouloir mettre un terme à ce système»: Anne-Cécile Robert: «Françafrique», histoire d’un mot, in France Afrique. Domination et émancipation, Manière de Voir n°165, Le Monde diplomatique, Paris, juin et juillet 2019, p. 30.

      Pour une meilleure intelligence de la francophilie de Félix Houphouët-Boigny, il est nécessaire de prendre en compte le constat selon lequel «il ne dissimule jamais les sentiments dé vénération qu’il nourrit pour la culture française. Il parle avec délectation, et à la perfection, “la langue de Molière et de Racine”. Il la pratique avec élégance et possède une rare maîtrise du mot juste. Ébloui à jamais par les leçons de la Révolution française et la Déclaration des droits de l’homme, il n’oublie pas la générosité prodigieuse dont peut faire preuve le pays de saint Vincent de Paul, de Voltaire et de Schoelcher. Il ne cessera d’ailleurs, à l’avenir, de revendiquer pour son compte l’héritage de l’humanisme français. “J’ai bu aux sources les plus pures de la culture française, dit-il à qui veut l’entendre. J’en ai gardé une soif éternelle”. Il ajoute volontiers que “tout homme devrait avoir deux parties, la sienne et la France”»: Siradiou Diallo: Houphouët-Boigny. Le médecin, le planteur et le ministre (1900 (?) – 1960) Jeune Afrique Livre, Collection «Destins», Paris, 1993, p. 71.

      Félix Houphouët-Boigny et Léon M’Ba étaient sincèrement francophiles. Ils voulaient que leurs pays respectifs demeurent dans la souveraineté française, mais, contrairement aux Mahorais, ils n’ont pas su faire de leur projet de rejet de l’indépendance par création d’un nouvel État un dessein populaire, mais une affaire personnelle.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Mardi 31 mars 2026.


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