Une question mérite d’être posée aux Comores: et si l’on frappait à la mauvaise porte?
Les Comores doivent-elles dépendre surtout d’un partenaire aux capacités contraintes?
Par Ahmed Ali Amir (AAA)
La photo ci-haut montre le Président Azali Assoumani à Doha, au Qatar, à l’occasion de la réunion organisée conjointement par la Ligue des États arabes (LÉA) et l’Organisation de la Conférence islamique (OCI).
Alors que les équilibres économiques mondiaux se recomposent à grande vitesse, une question mérite d’être posée: les Comores cherchent-elles leurs partenaires financiers là où se trouvent réellement les moyens d’investir?
Aujourd’hui, le centre de gravité de la finance mondiale ne se limite plus aux anciennes puissances occidentales. Les États-Unis eux-mêmes développent leurs relations économiques avec les pays du Golfe et avec la Chine sur certains dossiers stratégiques.
Les fonds souverains du Qatar, ceux des Émirats arabes unis ou encore ceux de l’Arabie saoudite ou ceux d’Oman investissent massivement en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique. La Chine demeure, quant à elle, un acteur incontournable du financement des infrastructures dans de nombreuses régions du monde.
L’actualité récente illustre parfaitement cette évolution. Le débat suscité aux États-Unis autour de l’offre par le Qatar d’un Boeing 747 estimé à près de 400 millions de dollars destiné à être utilisé comme Air Force One montre qu’aucune puissance, pas même la première économie mondiale, ne considère les capacités financières des pays du Golfe avec indifférence.
Lorsque les intérêts stratégiques convergent, les partenaires dialoguent, quelles que soient les sensibilités politiques ou les critiques formulées par le passé.
Dans ce contexte, les Comores continuent pourtant de regarder prioritairement vers la France lorsqu’il s’agit de rechercher un soutien économique. Ce choix s’explique naturellement par une Histoire commune, des liens humains profonds, une langue partagée et une coopération ancienne. Mais cette proximité historique ne doit pas empêcher une réflexion stratégique sur la diversification de nos partenariats.
Car la France elle-même traverse une période économique exigeante. Sa dette publique dépasse 110% de son produit intérieur brut (PIB), les déficits demeurent élevés et le coût de son endettement augmente avec la remontée des taux d’intérêt. Son économie reste solide, innovante et demeure l’une des plus puissantes du monde, mais ses marges de manœuvre budgétaires ne sont plus celles d’autrefois.
La véritable question est donc ailleurs: les Comores doivent-elles continuer à dépendre principalement d’un partenaire dont les capacités d’intervention sont plus contraintes, ou engager une stratégie résolue d’ouverture vers les nouveaux pôles mondiaux de capitaux?
L’Histoire, la culture et les relations diplomatiques offrent aux Comores des passerelles naturelles avec plusieurs pays du Golfe. Les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie saoudite et Oman disposent de ressources financières considérables, et manifestent un intérêt croissant pour les Comores.
Les exemples ne manquent pas. En 2010, le Qatar avait organisé à Doha une conférence des partenaires des Comores afin de mobiliser des financements internationaux. Cette initiative démontrait déjà la volonté des pays du Golfe d’accompagner le développement de notre pays. Si les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes, c’est moins en raison d’un manque d’intérêt des partenaires que de l’insuffisante préparation des projets présentés dont la plupart intéressait l’humanitaire.
En 2019, lors de la Conférence des partenaires de Paris, les Émirats arabes unis figuraient parmi les principaux contributeurs, avec plus de 240 millions de dollars de promesses, confirmant une nouvelle fois leur disponibilité à soutenir les Comores lorsque les projets sont crédibles.
Aujourd’hui encore, plusieurs projets structurants peuvent en bénéficier. Les projets de l’hôpital El Maarouf et de l’hôtel Galawa, tout comme le projet de développement de la pêche, disposent de financements identifiés. Leur achèvement dépend désormais moins de la disponibilité des ressources financières que de la capacité des autorités à assurer leur mise en œuvre dans des délais raisonnables.
Autrement dit, l’argent existe; ce qui manque parfois, c’est la rapidité d’exécution, la coordination et une gouvernance suffisamment efficace pour transformer les financements en réalisations concrètes.
La leçon est simple: le problème des Comores n’est pas l’absence de partenaires. Le problème est souvent notre difficulté à préparer des dossiers solides, à inspirer confiance et à conduire les projets jusqu’à leur terme.
Lorsqu’un État présente une vision claire, des projets bien structurés et une gouvernance crédible, les investisseurs répondent présents. Lorsqu’il improvise ou envoie des signaux contradictoires, il finit par décourager même ses partenaires les plus fidèles.
L’enjeu n’est donc pas de remplacer la France par le Qatar, les Émirats ou la Chine. Il est de comprendre que le monde est devenu multipolaire et que la diplomatie économique des Comores doit l’être également.
Nous devons cesser d’opposer nos partenaires, et apprendre à travailler avec tous ceux qui souhaitent accompagner notre développement à l’exemple de l’ouverture de nos portes à la Russie.
C’est ainsi que procèdent aujourd’hui les grandes puissances elles-mêmes.
Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir à quelle porte nous frappons. Elle est de savoir si nous frappons avec les bons projets, la bonne stratégie et la volonté politique de transformer les promesses en réalisations.
Car les financements existent. Les partenaires existent. Les opportunités existent.
Encore faut-il savoir les saisir.
Par Ahmed Ali Amir (3 A)
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© www.lemohelien.com – Mercredi 1er juillet 2026.




