«Le peuple s’inquiète et veut savoir si un Doctorat honoris causa est un vrai Doctorat»
Mais, pourquoi, tout d’un coup, le Doctorat honoris causa est au centre des questions?
Par ARM
On a des raisons légitimes de se poser moult questions quand, depuis la dernière semaine du mois d’octobre 2026, on est interrogé au quotidien même par des gens avec qui on n’a jamais été en contact auparavant, et ce, sur un seul sujet: la valeur «académique» d’un Doctorat honoris causa. Mohamed Saïd de Foumbouni a été très insistant, puisque sollicitant la publication d’un article sur la question: «C’est important d’éclairer le peuple sur le sujet. J’en appelle au frère de Sultan Hachim Saïd-Hassane Ben Saïd Hachim Ben Sultan Mouigni Mkou, dont je suis également le frère. Le peuple s’inquiète et veut savoir si un Doctorat honoris causa est un vrai Doctorat». En d’autres termes, ces personnes veulent savoir s’il s’agit d’un vrai Doctorat, comme celui que les vrais chercheurs préparent en plusieurs années à l’Université. Il doit se passer forcément quelque chose pour que le rédacteur de votre site préféré soit assailli de toutes ces questions. Oui, pourquoi, tout d’un coup, il y a toute cette agitation sur l’une des manifestations des «hochets de la vanité»? Chacun s’en fera l’idée qu’il voudra.
Toujours est-il que le Doctorat honoris causa n’est pas un vrai Doctorat. C’est tout juste une décoration, comme une médaille, qu’une Université peut décerner à une personnalité d’origine étrangère, soit par complaisance démagogique, soit en reconnaissance d’un fait politique, artistique, scientifique, littéraire ou diplomatique. Il n’est lié ni à la soutenance d’aucune Thèse de Doctorat, ni à une preuve quelconque d’intelligence. Le Doctorat honoris causa ne permet jamais à son «titulaire» de se réclamer des droits et privilèges liés au vrai Doctorat. Ceci s’explique par le fait qu’il n’est pas obtenu suite à la réussite d’études supérieures, et n’est donc pas un diplôme académique au sens de la recherche scientifique.
En France, le décret n°2013756 du 19 août 2013 nous apprend des choses fort intéressantes: le Doctorat honoris causa est un titre qui n’est attribué qu’à des personnalités étrangères. Cette attribution revêt un caractère politique et diplomatique puisque conditionnée à un avis du ministère des Affaires étrangères.
L’article D612-756 du décret précité dispose: «Les universités et les autres établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel peuvent décerner le titre de docteur honoris causa à des personnalités de nationalité étrangère en raison des services éminents rendus aux arts, aux lettres, aux sciences et aux techniques, à la France ou à l’établissement qui décerne le titre». Fait également significatif, l’article D612-38 du décret est rédigé dans les termes suivants: «Le titre de docteur honoris causa est conféré par le président de l’université ou par le directeur de l’établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel, après avis du ministre des Affaires étrangères, sur proposition du conseil d’administration». Quant à l’article D612-41, il ôte tout espoir de disposer d’un vrai Doctorat à son «titulaire» puisque se lisant comme-suit: «Le titre de docteur ne peut conférer à son titulaire les droits attachés à la possession du diplôme national de doctorat».
Quand on soutient une Thèse pour un vrai Doctorat, on reçoit des félicitations, mais pourquoi féliciter quelqu’un pour une décoration purement et simplement honorifique qui ne repose souvent sur aucun mérite particulier? Le Doctorat honoris causa relève donc des «hochets de la vanité». Les Mohéliens parlent du «rat qui soulève un morceau de fer», pour désigner celui qui a une chose qui ne lui apporte rien, qui ne lui sert à rien.
Il s’agit des fameux des «hochets de la vanité».
Justement, parlons des «hochets de la vanité»: «“Hochets de la vanité” fut l’expression employée pour désigner les décorations dans un discours fait à l’Assemblée nationale le 2 juin 1848 par Clément Thomas, général de la Garde nationale (qui dans l’armée régulière n’avait pas dépassé le grade de maréchal des logis [Grade subalterne qui équivaut à celui, encore bien subalterne, de simple sergent!]), qui proposait la suppression de la Légion d’honneur (Cité par GALTIER-BOISSIÈRE: Le Crapouillot n°33, Dictionnaire de la conversation)»: Cité par Jacques GANDOUIN: Guide du protocole et des usages, Préface du Duc de Brissac, Ouvrage couronné par l’Académie française, 7ème édition revue et augmentée, Les Éditions Stock, Le Livre de poche, Paris, 2010, p. 90.
Voici un mot que nous devons partager: «Un signe intolérable de la grossièreté de l’esprit et du caractère, c’est de briguer en secret les décorations et d’affecter en public de les mépriser. Au cours d’un dîner auquel participait Albert Sarrault, alors président du Conseil, l’un des convives répondit à quelqu’un qui le félicitait de sa future promotion dans la Légion d’honneur que “pour lui, ces hochets de la vanité étaient d’un faible prix”. “Je m’en réjouis, dit alors Albert Sarrault, qui avait entendu cette malencontreuse réflexion. Nous avons sur nos listes beaucoup de gens méritants que nous n’avons pu retenir en raison de la faiblesse des contingents. Je suis heureux de savoir que la promotion envisagée pour vous ne vous intéresse guère. Je vais pouvoir en faire profiter quelqu’un d’autre puisque les décrets de nomination n’ont pas encore été publiés”. Inutile de dire qu’à son grand dam, l’intéressé ne fut jamais plus proposé»: J. GANDOUIN: Guide du protocole et des usages, op. cit., pp. 492-493.
Dans certaines dictatures tropicales d’Afrique, la confusion règne. Elle règne tellement que les dictateurs et leurs dignes épouses croient qu’on peut se présenter devant une Université et exiger l’attribution non pas de la fanfreluche à la sauce tomate appelée Doctorat honoris causa, mais carrément un vrai Doctorat devant nécessité un travail universitaire de plusieurs années.
Un seul cas peut suffire à illustrer notre propos. Mme Grace Mugabe, épouse de Robert Mugabe, alors dictateur du Zimbabwe, «avait obtenu» en 2014 «un Doctorat en Philosophie», quelques semaines après son «inscription» à l’Université du Zimbabwe, alors que la préparation d’une Thèse de Doctorat nécessite au minimum trois années de recherche scientifique. Son «Doctorat» lui avait été remis par son propre époux, alors Président de la République et Chancelier de l’Université du Zimbabwe. Elle était censée avoir rédigé sa Thèse de Doctorat sur «La modification de la structure sociale et des fonctions de la famille». Problème? À ce jour, personne n’a vu un exemplaire de la fameuse «Thèse de Doctorat» qui n’a jamais existé! Suite à la chute de Robert Mugabe en novembre 2017, il y eut des enquêtes et même des arrestations à cause de cette fantaisie.
On comprend le bien-fondé du Doctorat honoris causa attribué par 50 Universités à Nelson Mandela. Mais, n’y a-t-il pas un côté «Le vieux nègre et la médaille» (titre d’un roman du Camerounais Ferdinand Oyono) et «Tintin au Congo» sur les 6 à 7 Doctorats honoris causa «obtenus» par le dictateur ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, lui qui disait, le 10 janvier 2016, alors qu’il se déclarait candidat à sa propre succession: «Comment pourrais-je quitter une bananeraie que j’ai plantée et qui commence à donner des fruits? […]. Ce n’est pas le bon moment»? Sa voisine Samia Suluhu Hassan de Tanzanie ne vaut guère mieux, elle qui a été «élue» en octobre 2025 à «97,66%» et 1.000 morts que «légitiment» ses 6 à 7 Doctorats honoris causa.
Comment ne pas avoir un pincement au cœur en pensant au Doctorat d’État au Maroc? Si je dois évoquer des souvenirs personnels sur le sujet, je dirai avoir reçu l’autorisation de la préparer selon les règles: avoir un Baccalauréat + 8 d’abord. Après ces 8 années d’études supérieures après le Baccalauréat, j’avais dû travailler sur ma Thèse pendant 8 autres années. Mon excellente Professeure de Droit international public en 2ème année de Maîtrise avait soutenu sa propre Thèse 48 heures après ma soutenance, 16 ans après m’avoir enseigné pour la première fois. Comme rares étaient ceux qui pouvaient aller jusqu’à la soutenance de leur Thèse de Doctorat d’État, les abandons et désistements étant la règle, le Doctorat d’État a été remplacé par le Doctorat national, qu’on peut obtenir 8 ans seulement après le Baccalauréat.
Par ARM
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