Le Droit international public ne peut demander pardon des injures qu’il reçoit
Vital pour le monde, il n’est pas responsable des actes illégaux commis par les États
Par ARM
Dans les dérives du monde, il arrive qu’on demande aux victimes de demander pardon des injures qu’elles reçoivent, des violations qu’elles subissent. Le Droit international est l’une de ces victimes. Chaque fois qu’il est victime d’actes illégaux de la part d’États, violents, qui usent de force contre d’autres, le Droit international public fait l’objet de procès en sorcellerie et donc de différentes accusations. Or, il n’est fautif en rien. Ce sont les États agresseurs qui sont fautifs. Ce sont ces États violents qui doivent demander pardon à leurs victimes, le Droit international public en tête.
La transformation des victimes en coupables est une vieille affaire, une affaire qui nous ramène notamment aux 9 croisades, de 1095-1099, la première, à 1271, la dernière. Ce fut une suite de boucheries inutiles, d’une cruauté inhumaine. Le sultan Al Malik Al Kamîl Nasser-Dine d’Égypte (1177-1238) et l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250) ont signé le traité du 18 février 1229, réglant l’épineux problème des lieux saints sans lever les armes. Les ennemis de l’empereur romano-germanique ont tout fait pour faire échouer cette action diplomatique. Après le succès de celle-ci, les mêmes procédés de sabotage ont été employés pour provoquer l’inexécution de l’important et salutaire accord conclu.
Le sultan Al Malik Al Kamîl Nasser-Dine et l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen
Il arriva alors que Frédéric II de Hohenstaufen, un homme d’État d’une intelligence inouïe («le diplomate le plus intelligent et le plus cynique du Moyen-Âge»), fut traité de coupable pour avoir réussi par la diplomatie là où ses ennemis avaient échoué par l’épée. Il fut injurié et obligé de présenter des excuses pour les injures qu’il avait reçues: «Frédéric II, petit-fils de Barberousse, fut successivement le pupille, l’ennemi et la victime de l’Église. […]. Tandis qu’il se croisait en Palestine, on prêchait contre lui une Croisade en Italie; et, à son retour, on le força à demander pardon des injures qu’il avait reçues. Les ordres militaires et le clergé de Palestine étaient avertis d’avance qu’ils devaient lui désobéir et rejeter toute communication avec un excommunié. Enfin, dans ses propres États et dans son camp, l’empereur fut contraint de permettre qu’on ne donnât les ordres qu’au nom de Dieu et de la République chrétienne, sans faire mention du sien. Frédéric entra dans Jérusalem en triomphe; et de ses propres mains, car aucun prêtre ne voulut en faire l’office, il prit la couronne sur l’autel du Saint Sépulcre. Mais le patriarche jeta un interdit sur l’église profanée par sa présence; et les chevaliers du Temple et de l’Hôpital prévinrent le sultan du moment où Frédéric pouvait être surpris et tué sur les bords du Jourdain, où il se rendait faiblement accompagné»: Edward Gibbon: Histoire du déclin et de la chute de l’Empire Romain. Byzance (de 455 à 1500), Les Éditions Robert Laffont, Paris, 1983 (Londres, 1788 pour l’édition anglaise), pp. 842-843.
L’Histoire se répète. Cette fois, c’est le Droit international public qui est sommé de demander pardon chaque fois qu’il est victime des méfaits et délits des États qui le violent. La victime est montrée du doigt, accusée d’être violée, obligée de demander pardon des injures qu’elle a reçues. Or, le Droit international public est une nécessité innocente dont le respect dépend non pas de lui-même mais du bon vouloir de ses acteurs: les États, les organisations internationales et les firmes multinationales.
Malgré les agressions qu’il subit, le Droit international public est une nécessité pour la communauté internationale. Voici l’opinion d’une Professeure d’Université et auteure de multiples livres consacrés à ce Droit.
Emmanuelle Tourme-Jouannet: «Le droit international est un instrument de la politique internationale, c’est un ensemble de règles, de discours et de techniques que les sujets et les acteurs internationaux utilisent pour régler leurs relations et atteindre certaines finalités sociales. Le droit international est aussi un produit culturel et historique, le fruit d’une évolution contrastée sur plusieurs siècles qui a permis de le façonner tel qu’il apparaît aujourd’hui. Il est un processus fondamental de régulation et de canalisation des violences internationales, un langage commun indispensable, une technique instrumentale au service des États et de tous les acteurs de la société internationale, une promesse de pacification. En cela, sa puissance d’attraction est bien réelle. Mais le droit international est aussi inscrit depuis son émergence moderne dans une société internationale profondément inégalitaire où il nourrit autant de violences qu’il permet d’en apaiser. Aussi, loin d’être une simple technique juridique neutre, il est, et a toujours été, la projection à l’international des valeurs et des intérêts des acteurs dominants de la société internationale tout en étant utilisé par les mouvements de résistance à cet ordre dominant. Il est à cet égard intrinsèquement ambivalent, c’est-à-dire qu’il est à la fois un instrument de domination et un instrument d’émancipation pour les sujets et acteurs qui l’utilisent. Il est tout autant une arme des puissants que le rempart des plus faibles»: Emmanuelle Tourme-Jouannet: Le droit international, 3ème édition corrigée, PUF, Collection «Que sais-je?» n°3966, Paris, 2022, pp. 3-4.
Voilà en quelques mots une présentation du Droit international public.
Ce Droit n’est pas responsable des violations qu’il subit. Sa protection et son respect par tous les acteurs de la communauté internationale sont une obligation pour tous les membres de cette dernière.
Par ARM
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© www.lemohelien.com – Mercredi 7 janvier 2026.




