Le bien commun et l’intérêt général expliqués par John Rawls et Mansour Kamardine
Ces deux exigences nationales de la bonne gouvernance sont à la base du développement
Par ARM
Des experts réels, supposés et autoproclamés s’acharnent à produire des quantités de discours technocratiques, indéchiffrables, prétendument pour expliquer les conditions devant permettre aux États de s’engager dans la voie du développement. Certains prétendent sans la moindre précaution que la dichotomie plaçant, d’un côté, les pays développés, et d’un autre, les pays sous-développés, n’existe plus. À les croire, les pays sous-développés sont devenus des pays développés par la magie de leurs discours imprudents. Ce qui ne correspond à rien aux réalités du monde actuel: les pays sous-développés s’enfoncent dans le sous-développement, pendant que les pays développés continuent à s’enrichir. Les «experts» dans leur diversité se lancent dans des explications par trop techniques, omettant juste de dire aux dirigeants et aux populations que le maître-mot du développement s’appelle «bien commun» et «intérêt général».
À ce sujet, nous avons décidé de vous livrer la réflexion faite par John Rawls (États-Unis, 1921-2002) et Mansour Kamardine, alors Député de Mayotte.
John Rawls: «Posons, pour fixer les idées, qu’une société est une association, plus ou moins autosuffisante, de personnes qui, dans leurs relations réciproques, reconnaissent certaines règles de conduite comme obligatoires et qui, pour la plupart, agissent en conformité avec elles. Supposons, de plus, que ces règles déterminent un système de coopération visant à favoriser le bien de ses membres. Bien qu’une société soit une tentative de coopération en vue de l’avantage mutuel, elle se caractérise donc à la fois par un conflit d’intérêts et par une identité d’intérêts.
Il y a une identité d’intérêts puisque la coopération sociale procure à tous une vie meilleure que celle que chacun aurait eue en cherchant à vivre seulement grâce à ses propres efforts. Il y a conflit d’intérêts puisque les hommes ne sont pas indifférents à la façon dont sont répartis les fruits de leur collaboration, car, dans la poursuite de leurs objectifs, ils préfèrent tous une part plus grande de ces avantages à une plus petite.
On a donc besoin d’un ensemble de principes pour choisir entre les différentes organisations sociales qui déterminent cette répartition des avantages et pour conclure un accord et une distribution correcte des parts.
Ces principes sont ceux de la justice sociale: ils fournissent un moyen de fixer les droits et les devoirs dans les institutions de base de la société et ils définissent la répartition adéquate des bénéfices et des charges de la coopération sociale.
Or, nous dirons qu’une société est bien ordonnée lorsqu’elle n’est pas seulement conçue pour favoriser les biens de ses membres, mais lorsqu’elle est aussi déterminée par une conception publique de la justice. C’est-à-dire qu’il s’agit d’une société où, premièrement, chacun accepte et sait que les autres acceptent les mêmes principes de la justice et où, deuxièmement, les institutions de base de la société satisfont, en général, et sont reconnues comme satisfaisant ces principes. Dans ce cas, même si les hommes émettent des exigences excessives les uns à l’égard des autres, ils reconnaissent néanmoins un point de vue commun à partir duquel leurs revendications peuvent être arbitrées. Si la tendance des hommes à favoriser leur intérêt personnel rend nécessaire de leur part une vigilance réciproque, leur sens public de la justice rend possible et sûre leur association. Entre les individus ayant des buts et des projets disparates, le fait de partager une conception de la justice établit les liens de l’amitié civique; le désir général de la justice limite la poursuite d’autres fins. Il est permis d’envisager cette conception publique de la justice comme constituant la charte fondamentale d’une société bien ordonnée»: John Rawls: Théorie de la justice, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Catherine Audard, Éditions du Seuil et Nouveaux Horizons, Collection «Empreintes», Paris, 1987, pour la traduction française, pp. 30-31.
Mansour Kamardine: «Notre conception du bien public pose problème dans certaines situations, chez certaines personnes. En français, on parle de “bien commun”, un bien au service de l’intérêt général, un bien qui fait vivre toute la communauté nationale.
Le bien commun est synonyme d’intérêt général. Le bien commun est l’intérêt général. C’est la res publica, “la chose publique”, un État dont la gouvernance est totalement et uniquement basée sur le bien du peuple. Le bien public est le bien de tout le peuple, pris dans sa globalité et sa diversité, et non celui d’une personne ou d’un groupe de personnes.
L’expression latine “res publica” a donné naissance à notre belle Maison commune: la République. Le mot “République” en français est la traduction de l’expression latine “res publica”. Dès lors, ce bien public est protégé par toute la communauté nationale, parce qu’il s’agit du bien de tout le peuple.
Par contre, dans notre mentalité locale, le bien public est qualifié de “Chitru Cha Sirikali”, “La chose de la puissance publique”. De fait, dans cette mentalité sociale, telle qu’elle se présente chez certains, cette chose-là n’est pas le bien public, la res publica, mais la res nullius, en latin, “la chose de personne”, “la chose qui n’appartient à personne”, “la chose sans maître”. Cette chose étant sans maître, elle peut faire l’objet d’un pillage malheureux, d’une appropriation personnelle, d’une appropriation contraire à l’intérêt public, l’intérêt de tout le peuple.
Qui va alors protéger cette chose sans maître, cette chose n’appartenant à personne, cette chose qui peut faire l’objet d’une appropriation abusive et illégale et d’un pillage à tout moment, sans la moindre présentation en tant que bien commun, un bien appartenant à toute la communauté nationale, un bien que personne ne peut ériger en chose personnelle? Pour engager durablement notre île dans la voie du réel développement, “La chose de la puissance publique” doit devenir dans notre mentalité commune le bien public, le bien commun, notre patrimoine commun, l’essence même de notre plus grand bien public: la République. Si la mentalité sociale évolue dans ce sens, nous aurons fait un pas important dans la bonne voie. Nous sommes dans la nécessité de reconnaître au bien commun, et donc à l’intérêt général, toute sa valeur. Le bien commun doit être notre principal repère, notre boussole, notre GPS, notre Croix du Sud, notre Étoile polaire. Il doit être le facteur qui nous rassemble au sein de la même société, de la même nation française, de la même République, la République française»: Cité par Abdelaziz Riziki Mohamed: Mansour Kamardine. Une vie au service de Mayotte, Les Éditions L’Harmattan, Paris, 2022, pp. 395-396.
Le bien commun, l’intérêt général, la bonne gouvernance et le développement économique, institutionnel et social ont un ennemi principal: la corruption. Aucun pays n’a atteint le développement par la corruption. Tout pays qui combat et arrive à vaincre la corruption valorise le bien commun et l’intérêt général, et donc, le développement.
Par ARM
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© www.lemohelien.com – Dimanche 22 février 2026.



