Ils chassent la France, Patrie des Droits de l’Homme, invitent la Russie, une dictature
Joaquim Chissano, ex-Président du Mozambique: «La démocratie, nécessité universelle»
Par ARM
La France est reconnue dans le monde entier comme étant la Patrie des Droits de l’Homme. Quand on lit la Déclaration française des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, on se pose légitimement une question d’une très grande pertinence: combien de temps avait-il fallu aux Révolutionnaires français pour produire une telle merveille? Pour rédiger les 17 merveilleux articles de cette Déclaration, il avait fallu mobiliser le génie juridique et politique d’un groupe de Députés du 20 au 26 août 1789. Parmi ces Députés de grand talent et de très grande renommée, il y avait Jean-Joseph Mounier, Charles-Maurice Talleyrand-Périgord, Honoré Gabriel Riqueti Mirabeau, Emmanuel-Joseph Sieyès…
Promouvoir la démocratie et l’État de Droit dans le monde
Le texte fondateur qu’est la Déclaration française des Droits de l’Homme et du Citoyen finira par devenir un texte fondateur qui allait inspirer d’importants instruments juridiques internationaux, le plus célèbre étant incontestablement la Déclaration universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948.
Sans s’ériger en donneuse universelle de leçons en matière de droits l’Homme, la France a toujours placé ceux-ci au centre de sa politique étrangère. Pour ne citer qu’un seul exemple, il suffira à peine de rappeler la beauté et l’universalité du «Discours de Cancún», en réalité, prononcé devant le Monument de la Révolution, à Mexico, capitale du Mexique, le 20 octobre 1981 par le Président François Mitterrand. De ce discours qui a marqué les esprits, nous retenons ce passage: «À tous les combattants de la liberté, la France lance son message d’espoir. Elle adresse son salut aux femmes, aux hommes, aux enfants mêmes, oui, à ces “enfants hérosˮ semblables à ceux qui dans cette ville, sauvèrent jadis l’honneur de votre patrie et qui tombent en ce moment-même de par le monde, pour un noble idéal. Salut aux humiliés, aux émigrés, aux exilés sur leur propre terre qui veulent vivre et vivre libres. Salut à celles et à ceux qu’on bâillonne, qu’on persécute ou qu’on torture, qui veulent vivre et vivre libres. Salut aux séquestrés, aux disparus et aux assassinés qui voulaient seulement vivre et vivre libres. Salut aux prêtres brutalisés, aux syndicalistes emprisonnés, aux chômeurs qui vendent leur sang pour survivre, aux Indiens pourchassés dans leur forêt, aux travailleurs sans droits, aux paysans sans terre, aux résistants sans arme qui veulent vivre et vivre libres. À tous, la France dit: Courage, la liberté vaincra. Et si elle le dit depuis la capitale du Mexique, c’est qu’ici ces mots possèdent tout leur sens».
Promouvoir la démocratie et l’État de Droit dans le cas spécifique de l’Afrique
Les 19-20 juin 1990, se tenait à La Baule (PHOTO), en France, la conférence des chefs d’État et de gouvernement d’Afrique et de France. Le 20 juin, lors de la conférence de presse marquant la fin de la rencontre, François Mitterrand avait été l’auteur des mots séduisants qui suivent: «Je conclurai, Mesdames et Messieurs, en disant que la France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté». Il avait également déclaré: «Il est évident que l’aide normale de la France sera plus tiède envers les régimes qui se comporteraient de façon autoritaire sans accepter d’évolution vers la démocratie, et enthousiaste vers ceux qui franchiront le pas avec courage».
Quelle avait été la réaction des chefs d’État africains présents à La Baule? Selon l’africaniste Claude Wauthier, «s’il faut croire Libération, les participants africains sont “médusés” par ce virage pourtant prévisible, qui suscite plutôt la grogne chez la plupart des dirigeants présents, en règle générale chefs de parti unique. Hissène Habré a peu apprécié une “leçon” qui ressemble “à du mépris pour l’Afrique”, tandis que Moussa Traoré estime que la démocratie est avant tout “un état d’esprit”. Hassan II s’interroge sur le point de savoir “comment, après trente ans de parti unique, digérer le pluralisme en deux ou trois ans”. Le président Eyadema explique qu’il ne peut “imposer le multipartisme à son peuple”, qui réclame le maintien du RPT (le parti unique), et le président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, regrette que François Mitterrand “donne des leçons”, ce qui n’est pas à ses yeux une “attitude démocratique”. Le président du Mozambique, Joaquim Chissano – pour la première fois présent à un sommet franco-africain –, est un des rares à défendre la position de son homologue français, en affirmant que la démocratie est une “nécessité universelle”»: Claude WAUTHIER: Quatre présidents et l’Afrique. De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand. Quarante ans de politique africaine, Les Éditions du Seuil, Collection «L’Histoire immédiate», Paris, 1995, p. 561.
L’ancien Président mozambicain Joaquim Chissano a entièrement raison d’approuver les propos très pertinents et mesurés de son homologue François Mitterrand, dont le Discours de La Baule avait permis à certains États africains d’amorcer un processus de «démocratisation» avant que ce dernier ne soit détruit et jeté aux oubliettes par des dirigeants habitués à se proclamer «Présidents et dictateurs à mort», pour le grand malheur des peuples d’Afrique, qui fuient, au péril de leur vie, leurs dictateurs pour aller en Occident.
Aucun peuple d’Afrique ne s’est exprimé un jour pour réclamer la dictature à la place de l’État de Droit et de la démocratie.
Les dictateurs qui pactisent avec la dictature de Russie contre la démocratie de France
Récemment, tel putschiste et dictateur d’un pays très pauvre du Sahel faisant partie des 5 pays les plus pauvres au monde crânait imprudemment, en prétendant que «son» peuple, devenu sa chose personnelle, n’avait nullement besoin de démocratie. Son pays (comme les autres dictatures qui ont brutalement décidé de tourner le dos à la France) a tué toutes les libertés et tous les droits de l’Homme. Ces pays agitent le spectre représentant la Russie: «Nous préférons la Russie à la France».
En d’autres termes, ces États rejettent la démocratie et l’État de Droit représentés par la France pour se jeter dans les bras de la Russie, une dictature violente, atroce et impitoyable. Ces pays se mettent à l’abri des exhortations de la France pour la démocratisation des régimes politiques, et pactisent avec la Russie: «Dictateurs de tous les pays, unissez-vous!».
La Russie rejette le Droit même quand, par la force destructrice des armes, elle unissait des peuples ennemis et très peu soucieux de vivre dans la même souveraineté: «L’unité du peuple russe n’est pas fondée sur le Droit. Les auteurs des pays occidentaux peuvent bien railler la justice et les hommes de loi, tourner en dérision leurs travers; aucun d’eux n’imagine que la société puisse vivre sans tribunaux et sans Droit. Ubi societas ibi jus [“Là où il y a une société, il y a du Droit”]. L’attitude inverse ne choque nullement en Russie. Comme Saint-Augustin, Léon Tolstoï souhaite la disparition du Droit et l’avènement d’une société fondée sur la charité chrétienne et sur l’amour. L’idéal marxiste d’une société communiste fraternelle trouve ses racines profondes dans le sentiment moral et religieux du peuple russe»: René DAVID, Camille JAUFFRET-SPINOSI et Marie GORÉ: Les grands systèmes de droit contemporains, 12ème édition, Les Éditions Dalloz, Collection «Précis», Paris, 2016, p. 153.
En plus, le Droit n’a jamais été au centre des préoccupations de la Russie, qui l’a toujours ignoré: «Un autre point, qu’il importe de mettre en relief, est la faiblesse de la tradition juridique et du sentiment du Droit en Russie. Ce qui frappe n’est pas tant le retard, du point de vue technique, du Droit russe, ni le fait qu’il n’ait encore été qu’incomplètement codifié; mais c’est la différence d’attitude qu’une Histoire particulière a engendrée, en ce qui concerne le Droit, chez le peuple russe par contraste avec les autres peuples européens. Dans toute l’Europe continentale, aussi bien qu’en Angleterre, le Droit est venu à être considéré comme un complément naturel de la morale et comme une des assises fondamentales de la société. Ce sentiment ne s’est pas établi en Russie. Jusqu’à une époque récente, il n’y a pas eu de juristes en Russie: les premières universités russes sont fondées respectivement à Saint-Pétersbourg en 1724 et à Moscou en 1755.
Une littérature juridique russe n’apparaît que dans la seconde moitié du XIXème siècle; un barreau professionnel n’est organisé et la carrière de magistrat n’est séparée des carrières administratives qu’avec la réforme judiciaire de 1864; la confusion règne jusque-là entre la police, la justice et l’administration.
Le Droit écrit russe est, de plus, étranger à la conscience populaire. Ce Droit est essentiellement un Droit administratif; la partie de Droit privé qu’il comporte est un “Droit des villes”, fait pour les commerçants et pour la bourgeoisie. La masse paysanne l’ignore et continue à vivre selon ses coutumes; seule existe pour elle, par exemple, la propriété familiale (dvor) ou communale (mir) à l’exclusion de la propriété individuelle, qui est réglée dans la loi ; la justice est représentée pour les paysans par l’équité, telle qu’elle est administrée par le tribunal du volost’, composé de juges élus qui ne sont pas des juristes; le tribunal du volost’ dépend du ministère de l’Intérieur non du ministère de la Justice.
Le Droit des juristes n’a pas son fondement, comme il arrive dans les autres pays d’Europe, dans la conscience populaire, ni dans la tradition; constitué par des dispositions législatives, il apparaît très largement comme étant l’œuvre arbitraire d’un souverain autocrate, ou un privilège de la bourgeoisie. Il est incontesté que le souverain lui-même est au-dessus de la loi, identifiée avec son bon plaisir: princeps legibus solutus [“Au-dessus des lois civiles”]. Les juristes sont des serviteurs du Tsar et de l’État plutôt que ceux du Droit; il n’existe chez eux aucun esprit de corps»: R. DAVID, C. JAUFFRET-SPINOSI et M. GORÉ: Les grands systèmes de droit contemporains, op. cit, pp. 152-153.
Bon courage…
Par ARM
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© www.lemohelien.com – Dimanche 16 août 2026.



