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«L’esprit tribal»: Érudition d’Ibn Khaldoun, massacres ethniques au Rwanda-Burundi

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«L’esprit tribal»: Érudition d’Ibn Khaldoun, massacres ethniques au Rwanda-Burundi

Tribalisme et ethnicité pour rejeter l’autre, tenter de le dominer et causer des massacres

Par ARM

       Commençons par l’évocation de quelques chiffres relatifs aux massacres tribaux et ethniques dans deux pays emblématiques du tribalisme et de l’ethnicité dans la mort violente: le Burundi et le Rwanda, pays où s’entretuent régulièrement Tutsis et Hutus.

1.- Massacres au Burundi

       1972: 15.000 morts selon les autorités tutsies, 300.000 selon les opposants hutus.

       1993: 25.000 morts, pour les uns, 300.000 pour les autres.

2.- Massacres au Rwanda

       1963: 10.000 morts.

       1994: 800.000 morts. Ce chiffre ne prend pas en compte le génocide du million de Hutus tués dans la forêt entre le Rwanda et Zaïre.

       Ce sont le tribalisme et l’ethnicité qui font que les gens s’entretuent.

3.- Le Tunisien Abderrahmane Ibn Mohammed Ibn Khaldoun (1332-1406) parlait de «l’esprit tribal»

       Présentons ici quelques réflexions de l’érudit tunisien Ibn Khaldoun sur «l’esprit tribal».

       «En effet, l’esprit de clan est un sentiment de supériorité (ghalab) raciale. Le gouvernement d’un peuple (qawm) doit donc, nécessairement, provenir d’un gouvernement de clan supérieur aux sentiments particuliers. Tout esprit de clan personnel doit s’effacer devant celui du chef, auquel on doit obéir et qu’on doit suivre»: Ibn Khaldûn: Discours sur l’Histoire universelle. Al-Muqaddima (1337), Traduit de l’arabe, présenté et annoté par Vincent Monteil, Commission Libanaise pour la Traduction des Chefs-d’œuvre, Beyrouth, 1967-1968, Actes Sud – Sindbad, Collection « Thesaurus », Arles, réédition de 2025, p. 203.

       Toujours selon Ibn Khaldoun: «Lorsque celui qui participe à l’esprit de clan arrive au pouvoir et demande à être obéi, s’il trouve la voie de la domination et de la force, il la suit parce qu’elle correspond à ses vœux. Mais il ne peut réussir complètement sans l’aide de l’esprit de clan, qui oblige les autres à le suivre. Le pouvoir royal est donc un but que l’esprit de clan permet d’atteindre. Même si une seule tribu donnée a plusieurs “maisons” et autant d’esprits de clan, l’un de ceux-ci est plus fort que tous les autres ensemble, il leur est supérieur et tous ces autres se fondent en lui, pour ainsi dire, pour former un “patriotisme supraclanique”. S’il en était autrement, ce serait la rupture et les divisions intestines. […]. Lorsqu’un esprit de clan donné a affermi sa domination sur son peuple, il cherchera, naturellement, à dominer les autres clans distincts du sien. S’il les vaut, les uns et les autres s’équilibrent. Dans ce cas, chaque clan est maître chez soi : c’est le cas des tribus et des nations sur toute la terre. Cependant, si l’un de ces clans surpasse l’autre et le domine, les deux esprits de clan s’interpénètrent et le vaincu accroît la force du vainqueur, lequel dresse encore plus haut son objectif de domination et de supériorité. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que le pouvoir du clan triomphant égale celui de la dynastie régnante. Alors, quand celui-ci vieillit et que nul des siens ne vient la défendre, le clan rival lui ravit le pouvoir et règne à son tour»: Ibn Khaldûn: Discours sur l’Histoire universelle. Al-Muqaddima, op. cit., pp. 215-216.

       Pour conclure, Ibn Khaldoun signale: «En effet, une tribu dominante, grâce à son esprit de clan, tient en main de grandes richesses et partage abondance et prospérité avec ceux dont la fortune est ancienne»: Ibn Khaldûn: Discours sur l’Histoire universelle. Al-Muqaddima, op. cit., p. 217.

4.- Qu’en est-il des Tutsis et des Hutus au Burundi et au Rwanda?

       Pour comprendre les drames liés à «l’esprit tribal» et à l’ethnicité dans ces deux pays, nous allons prendre connaissance des observations suivantes. Celles-ci sont basées sur la différenciation, somme toute artificielle, entre Hutus et Tutsis.

       Première observation: «Les Tutsis étaient réputés être de lointaine origine nilo-hamitique, donc venus du nord de l’équateur, et attachés à un mode de vie pastoral ; les Hutus quant à eux, d’origine bantoue, étaient décrits comme des cultivateurs et, quoique très largement majoritaires, pliés depuis des siècles à la loi des Tutsis. Restait un troisième groupe, les Twas, des pygmées, guerriers et chasseurs, marginalisés à la fois par leur nombre et leur statut social. Cette composition ethnique était identique à celle du Rwanda voisin. Mais l’Histoire, le brassage de populations – permanent dans cette région carrefour qu’est l’Afrique des Grands Lacs, – avaient bien érodé ces distinctions. Les types physiques comme les modes de vie, la langue et la culture, se sont considérablement unifiés au fil des siècles. […]. C’est ainsi que les ethnologues européens, découvrant le pays, jugeaient le système ancestral parfaitement adapté aux caractéristiques présumées des deux groupes en présence, alors même que les différences ethniques étaient fort estompées.

       Et l’on peut lire, dans un texte rédigé en 1948 par un médecin belge, le docteur [Jules] Sasserath, cette description de la “réalité socialeˮ du Burundi: “Lorsque Son Altesse Royale Charles visita le Ruanda-Urundi, il fut frappé par la taille des notables, de véritables géants régnant sur un peuple de nègres quelconques dont ils sont totalement différents, tant par le caractère ethnique que par la vie qu’ils mènent. On les appelle les Batutsis. En réalité ce sont des Hamites […], ils représentent environ un dixième de la population et forment une race de seigneurs. Les Hamites ont 1,90 mètre de taille. Ils sont élancés. Ils possèdent le nez droit, le front haut, les lèvres minces. Ils apparaissent distants, réservés, polis, fins. On devine en eux un fond de fourberie sous le couvert d’un certain raffinement […]. Le reste de la population est bantou. Ce sont les Bahutus, des nègres qui en possèdent toutes les caractéristiques : nez épaté, lèvres épaisses, front bas, crâne brachycéphale. Ils conservent un caractère d’enfant, à la fois timide et paresseux, et le plus souvent sont d’une saleté invétérée. C’est là la classe des serfs. La race des chefs exige d’eux de multiples corvées. Quelques îlots de Batwas, qui ne sont pas considérés par les autres comme des hommes, vivent à l’écart dans les forêtsˮ»: Claire Brisset: Réunir les ethnies, lutter contre la pauvreté. Course à la réconciliation au Burundi, Le Monde diplomatique, Paris, janvier 1990, p. 4.

       Deuxième observation. En 1925, le ministère belge des Colonies a publié l’horrible Rapport sur l’administration belge du Rwanda-Urundi: «[Les Twas sont] une race en voie de disparition […]. Le Mutwa réunit assez bien au physique l’aspect général du singe dont il hante les forêts»; «[les Hutus sont] petits, trapus, ont la figure joviale, le nez largement épaté, les lèvres énormes. Ils sont expansifs, bruyants, rieurs et simples»; «[le Tutsi] de bonne race n’a, à part la couleur, rien de nègre. Sa taille est très haute. Ses traits, dans la jeunesse, sont d’une grande pureté : front droit, nez aquilin, lèvres fines s’ouvrant sur des dents éblouissantes. D’intelligence vive, souvent d’une délicatesse de sentiment qui surprend chez des primitifs, possédant un extraordinaire empire sur lui-même, sachant sans effort se montrer bienveillant […]»: Cité par Rémy Ourdan: Rwanda, enquête sur un génocide. Au pays des âmes mortes, Le Monde n°16.539, Paris, 31 mars 1998, p. 15.

       Troisième observation: «Imprégnés de la science de l’époque, l’anthropométrie, maniaques du classement et de la différenciation des “racesˮ, les Belges adoptèrent avec conviction l’idéologie dite “hamitiqueˮ. Ils considérèrent que les Tutsis, au vu de leur morphologie, étaient d’origine hamitique, ou nilotique ; qu’ils appartenaient à un peuple d’éleveurs qui, venu en Afrique centrale en quête de pâturages pour ses troupeaux, s’était imposé aux agriculteurs “bantousˮ (hutus) ainsi qu’aux peuples twas (Pygmées), premiers occupants du Rwanda»: Colette Braeckman: Des décennies de responsabilité belge, in Dossier Rwanda, Lumières sur un génocide, Le Monde diplomatique, Paris, mars 2021, pp. 14-15.

       Ces tristes exemples se produisent en Afrique.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Vendredi 24 avril 2026.


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