Faux! Tsi Levalou dit Andriantsoly n’a jamais vendu Mayotte, même à «1.000 piastres»
La cession de Mayotte à la France le 25 avril 1841 est une œuvre du Cadi Omar Aboubacar
Par ARM
Le 25 avril 2041, dans 15 ans, donc, l’appartenance de Mayotte à la France totalisera 200 ans, c’est-à-dire deux siècles. Ce qui est extraordinaire dans cette affaire, c’est que certains s’acharnent à dire que «l’usurpateur malgache, le Sakalava Andriantsoly a vendu Mayotte à la France pour 1.000 piastres, qu’il n’en avait pas le droit, étant un étranger». Cet acharnement a pour but de dire que Mayotte ne saurait être française du fait qu’elle serait «vendue par un étranger, l’usurpateur malgache Andriantsoly». Il s’agit de l’un des plus grands mensonges de l’Histoire de l’humanité.
Dans les développements qui vont suivre, nous allons présenter le témoignage du Cadi Omar Aboubacar, de Dzaoudzi, Mayotte, le véritable auteur du traité du 25 avril 1841, qui l’a imposé à Tsi Levalou dit Andriantsoly. Ce témoignage de l’acteur principal de la cession de Mayotte à la France est précieux: il permet de mieux comprendre le contexte politique interne et diplomatique dans lequel le traité du 25 avril 1841 avait été conclu pour être imposé à Tsi Levalou dit Andriantsoly par les Mahorais dans un tour de passe-passe diplomatique d’une rare duplicité, mais aussi d’une très grande intelligence politique et diplomatique.
Ce témoignage est dans sa version intégrale, tel qu’on le découvre dans l’ouvrage écrit par le Cadi Omar lui-même en 1865, il y a donc 161 ans.
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À Maorè, les rapports entre Andriyana’ntsouli et le qaɗi Oumar étaient, en apparence, on ne peut plus cordiaux. Mais, dès qu’on y apprit les nouvelles de la mort, à Maurice, du sultan Alawi, les relations entre les deux hommes devinrent tendues. Andriyana’ntsouli convoqua ses vizirs et leur fit part de son projet de s’emparer du pouvoir. Il les informa de ce qu’il pouvait compter sur le concours de son frère [utérin] Tafika’ndrou qui était sultan à Madagascar, et qu’il allait lui demander un contingent de trois cents soldats sakalavas. À l’aide de son armée, ainsi renforcée, il tuerait le qaɗi Oumar, ses cousins et tous les Grands qui détiennent le pouvoir légitime à Maorè. L’un des conseillers d’Andriyana’ntsouli, appelé Aboudou, était un grand ami et un homme de confiance du qaɗi Oumar. Il se rendit chez lui et lui dit: «Jure-moi que tu ne rapporteras à aucun Sakalava ou Antalaoutsi ce que je vais t’annoncer! ». Le qaɗi jura. Alors, Aboudou lui confia, dans le détail, tout ce qu’il avait entendu dire de la bouche même d’Andriyana’ntsouli. Le qaɗi Oumar garde le silence au sujet de cette affaire. Un mois plus tard, M. [Pierre] Passot débarqua à Maorè, en provenance de Noussi-Bé. Il était porteur d’un message, envoyé à Andriyana’ntsouli par sa nièce Tsi’Oumékou. Elle lui demandait son avis sur la cession de son île au sultan de France Louis-Philippe. Andriyana’ntsouli se fit lire la lettre par le qaɗi Oumar. Il approuva totalement la cession de l’île de Noussi-Bé au sultan de France. Et avant le départ [du capitaine de corvette] pour l’île de Bourbon [la Réunion], il lui dit: «M. Passot, maintenant que nous sommes devenus des alliés, j’ai un service à vous demander; je désire que le commandant de Bourbon m’envoie du matériel de guerre: [de la poudre,] du plomb et de tout petits canons, car j’ai besoin d’assurer ici ma sécurité. J’ai en effet, de nombreux ennemis à Maorè, à Ndzou’ani et à Mwali…». M. Passot lui demanda de formuler sa requête par écrit. [Alors] Andriyana’ntsouli ordonna au qaɗi Oumar de rédiger la lettre [destinée] au colonel de Bourbon. Le qaɗi, qui était maintenant au courant du dessein secret d’Andriyana’ntsouli, rentra chez lui et décida de modifier le contenu du message adressé au colonel de Bourbon. Il écrivit ceci: «Nous offrons l’île de Maorè à Louis-Philippe, sultan de France, et ceci, de notre plein gré. Andriyana’ntsouli sera son représentant et le qaɗi Oumar son juge. Envoyez-nous du matériel de guerre, de la poudre, du plomb et des petits canons». Puis, il cacheta la lettre et la remit à M. Passot. Le colonel de Bourbon reçut cette lettre et se la fit traduire par un connaisseur de la langue arabe. C’est ainsi qu’il apprit qu’on lui offrait de céder Maorè à la France et à son sultan Louis-Philippe. Trente jours après, il envoya M. Passot, sur un navire, à Maorè. Il le charge d’exprimer sa reconnaissance à Andriyana’ntsouli et au qaɗi Oumar et de les prier de confirmer, par un traité, leur volonté de donner l’île de Maorè au sultan de France. Le commandant Passot débarqua à Ndzaoudzé, en compagnie du nommé Mouhamadi fils d’Ahmadi qui traduit la lettre [du gouverneur De Hell], en présence d’Andriyana’ntsouli. Quand il découvrit le contenu du message, celui-ci fut pris de colère et s’écria: «Mais, je n’ai jamais dit cela au colonel de Bourbon! Je n’ai jamais demandé au caɗi Oumar d’écrire une chose pareille». Il convoqua chez lui le qaɗi Oumar, Mouhamadi fils d’Ahmadi et M. Passot. Ce dernier sortit, [alors,] du fond [de la poche] de son pantalon, la lettre rédigée par le qaɗi. Il la déposa devant eux et demanda: «Est-ce bien la lettre que vous m’avez donnée ou est-ce une autre?». Andriyana’ntsouli se tut. Le caɗi Oumar répondit que c’était bien la lettre qu’il lui avait remise. S’adressant alors à lui, Andriyana’ntsouli lui demanda: «T’ai-je donné l’ordre d’offrir l’île de Maorè au sultan de France?». Le qaɗi répondit: «Mais oui! C’est bien là ce que vous m’aviez ordonné de faire!». Andriyana’ntsouli reprit: «Quand cela s’est-il donc passé? Et comment aurais-je pu le faire, alors que, toi-même, tu as [déjà] donné Maorè au sultan Abdallah et à son fils, le sultan Alawi? Avant son départ, ce dernier ne t’a-t-il pas confié la direction de l’île, pendant le temps de son absence? Et n’avons-nous pas convenu, avec le sultan Salim, qu’après la disparition du sultan Alawi, le pays de Maorè lui reviendrait de droit? C’est toi, qaɗi, qui as décidé, seul, de donner l’île. Moi, je ne suis au courant de rien. Je suis opposé à ta décision et ne signerai aucun traité!». Le qaɗi Oumar lui répondit: «C’est vous-même, Andriyana’ntsouli, qui le premier, avez voulu offrir Maorè à Louis-Philippe. Autrement, comment vouliez-vous qu’il vous envoie du matériel de guerre, alors que vous ne l’aviez pas ce pays, ainsi que j’ai interprété votre demande…?». Andriyana’ntsouli persista fermement dans son refus de signer [tout document] et déclara qu’il ne reconnaîtrait aucun traité, rédigé par le caɗi Oumar. M. Passot, furieux, dit alors: «J’exige de vous, Andriyana’ntsouli, que vous signiez ce traité. Comment osez-vous renier votre parole alors que j’étais moi-même présent, le jour où vous avez ordonné au qaɗi Oumar d’écrire cette lettre au colonel de Bourbon? Le qaɗi ne peut rien faire sans votre accord. Il n’est pas question que vous changiez d’avis, [maintenant]». M. Passot remonta à bord de son navire. Le lendemain, il fit parvenir, à Andriyana’ntsouli, une lettre dans laquelle il lui disait: « Je vous laisse un court délai pour vous permettre de réfléchir! Vous n’avez pas d’autre choix que celui d’admettre ce que vous et le caɗi Oumar aviez proposé au colonel de Bourbon, à savoir offrir de l’île de Mayotte au sultan de France qui vous exprimera toute sa reconnaissance. Cela vous vaudra, à vous-même, au caɗi Oumar et à votre “fils” le sultan Alawi, la gratitude et toute la considération du sultan de France, Louis-Philippe. Vous serez enrichis et honorés! Au contraire, si vous vous obstinez dans votre refus, il faut vous attendre à subir les malheurs, les souffrances et la déchéance les plus terribles». Le caɗi Oumar lut cette lettre à Andriyana’ntsouli. Celui-ci accepta [finalement] de suivre les conseils de M. Passot. Mouhamadi fils d’Ahmadi retourna au navire pour avertir M. Passot de ce qu’Andriyana’ntsouli était revenu sur sa décision. M. Passot se rendit chez celui-ci, s’assit en face de lui et lui demanda: «Confirmez-vous le contenu de la lettre que vous avez envoyée au colonel de Bourbon et qui stipule la [cession] de Maorè à la France?». «Oui, je le confirme et en accepte les conséquences!» répondit Andriyana’ntsouli. Le surlendemain, M. Passot, capitaine de corvette, se fit solennellement confirmer, par le caɗi Oumar et par Andriyana’ntsouli, la cession de Maorè au roi de France. Cela eut lieu le vendredi 8 soufr 1252 E.M, correspondant au 2 avril 1841 J.C. Sept jours plus tard, M. Passot demanda à Andriyana’ntsouli de rédiger le document en question. Celui-ci prit une feuille et une plume et les tendit au qaɗi Oumar, en lui disant: « En tant que représentant à Maorè, du sultan Alawi, c’est toi qui est responsable du sort de l’île. C’est, donc, en ton nom que ce document doit être rédigé!». Le caɗi ne fut pas d’accord et lui répondit: «Il peut être en votre nom, puisque vous êtes le vizir du sultan Alawi!». M. Passot demanda à ce que le document fût rédigé au nom d’Andriyana’ntsouli. Ce dernier y consentit. Le qaɗi Oumar prit une planchette et inscrivit que, désormais, le pays de Maorè était la propriété du roi de France et qu’il lui avait été cédé, de façon définitive, par Andriyana’ntsouli, en accord avec le qaɗi Oumar et tous les Grands de l’île. M. Passot prit le document puis, il dit: «Le roi de France – Qu’il en soit remercié! – fait don à Andriyana’ntsouli de mille piastres par an. Cette somme lui sera versée, régulièrement, tant qu’il demeurera à Maorè. S’il venait à quitter l’île ou s’il mourait, ses descendants ne pourraient, en aucune façon, prétendre au même traitement. Le qaɗi recevra, du roi de France, mensuellement, une somme correspondant à sa dignité ». |
Source: Histoire des îles Ha’Angazidja, Hi’Ndoua’ni, Maïota et Mwali. Présentation critique des manuscrits arabe et swahili émanant du Grand Qadi de Ndzaoudzé Oumar Aboubakari Housséni (1865), Djahazi Édition, Saint-Denis de la Réunion, 1997, pp. 82, 84 et 86.
Puisque le nom de l’Anjouanais Allaoui est évoqué ici en tant que «sultan de Mayotte», ici aussi, il faut couper la tête à un autre mensonge, celui de la colonisation de Mayotte par Anjouan. Pour comprendre les tenants et aboutissants de ce mythe, il conviendrait de noter que de 1833 à 1835, le sultanat de Mohéli, sous la suzeraineté de Ramanetaka ou Abderemane ou Mdérémane, avait imposé sa domination à Mayotte à la suite d’autres intrigues de palais. Sur place à Mayotte, les soldats de Mohéli avaient fait usage de violence. Pour s’en débarrasser, Mayotte avait fait appel à l’ennemi: Anjouan. Une fois les soldats mohéliens vaincus à Mayotte, le Cadi Omar Aboubacar avait décidé, de concert avec les autres Mahorais, de placer leur île sous l’autorité Abdallah II et de son fils Allaoui, mais à la condition que la suzeraineté sur Mayotte revienne aux Mahorais à la mort d’Allaoui.
Prenons connaissance du témoignage du Cadi Omar Aboubacar: «Sitôt la bataille terminée, le vizir Zoubéri s’apprête à aller annoncer la bonne nouvelle au sultan Abdallah. Il réunit [d’abord] les gens de Maorè pour leur faire ses adieux. C’est alors que ceux-ci s’adressèrent au caɗi Oumar et lui dirent:
“Maintenant que nous sommes délivrés de la terreur de Ramanetaka, grâce à l’aide de votre ‘frère’, le sultan Abdallah, quelle récompense allons-nous lui offrir ?”.
Le qaɗi leur demanda: “Que proposez-vous, comme rétribution?”. Ils lui répondirent: “C’est à vous de décider! Vous êtes notre ‘père’ et le dernier des fils de nos sultans. Ce que vous et vos sœurs, Roukiya, Fatima et Zeykhati, jugerez le mieux et le plus [pour le pays], nous ne pourrons que l’accepter, en ce qui nous concerne, et nous y conformer”.
Le qaɗi s’adressa alors à l’assemblée: “Pour moi, le mieux est d’offrir l’île de Maorè au sultan Abdallah. Il en sera maître absolu, durant toute sa vie. Après sa mort, les mêmes droits passeront à son fils Alawi, si celui-ci en exprime le désir. Mais, après Alawi, les habitants de Ndzouani n’auront plus aucun droit sur nous. Le pays de Maorè reviendra [alors] à un de ses fils descendant du sultan Issa Mouhamed, à la descendance du sultan Omar fils du sultan Ali et aux Grands, parmi les habitants de Maorè”.
La proposition du caɗi Oumar fut approuvée par tous les Grands de l’île. Sitôt informé de cette décision, le sultan Abdallah envoya à Maorè son vizir Zoubéri qu’il fit accompagner par un Anglais. Le vizir réunit les Grands de Maorè, en présence du qaɗi Oumar, et leur dit: “Le sultan Abdallah vous remercie de votre décision de lui donner, à lui et à son fils Alawi, l’île de Maorè. Seulement, il vous demande un traité écrit, rédigé de la main du qaɗi Oumar”»: Histoire des îles Ha’Angazidja, Hi’Ndoua’ni, Maïota et Mwali. Présentation critique des manuscrits arabe et swahili émanant du Grand Qadi de Ndzaoudzé Oumar Aboubakari Housséni (1865), op. cit., p. 54.
Le Cadi Omar Aboubacar est le premier écrivain mahorais de l’Histoire.
Par ARM
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