En Islam, «haram», donc totalement interdit, de s’en prendre au diplomate étranger
Le diplomate représentant l’État étranger mérite respect et protection en terre d’Islam
Par ARM
Certains, en pays considérés comme musulmans, poussent l’ignorance, le fanatisme et la haine jusqu’à s’en prendre, par la violence des mots, mains, fusils ou bombes, à des diplomates représentant des États étrangers. Leurs actes sont d’autant plus gravissimes qu’avant de violer le Droit international public, injurient l’Islam. C’est connu: des fanatiques qui se gargarisent d’être de «bons et vrais musulmans», portant la djellaba d’un blanc immaculé, arborant fièrement un chapelet aux dimensions monstrueuses pour paraître sincères dans leur foi, salissent l’Islam, notamment en s’en prenant à des diplomates étrangers. Mais, cela ne doit pas nous étonner puisque, un avertissement nous était déjà venu de l’ancien Président Houari Boumediene d’Algérie: «Il convient de faire une distinction entre l’Islam et les Musulmans. Le défaut n’est pas dans l’Islam mais dans ceux qui se disent Musulmans»: Khalfa MAMERI: Citations du Président Boumediène, 4ème édition revue et augmentée, Les Éditions Karim Mameri, Tipaza, 1993, p. 39.
En Islam, tout ce qui touche le diplomate étranger est inviolable, en temps de guerre comme en temps de paix: «On ne doit pas insulter les ambassadeurs, même s’ils viennent d’un pays ennemi, car le Coran dit: “Le Messager n’a qu’une charge unique – fidèle transmissionˮ»: S. BAKHROUCHINE et S. SKAZKINE: La diplomatie au XVIème siècle, in Vladimir POTIEMKINE: Histoire de la diplomatie, volume I, (Collectif), Traduit du russe par Xenia Pamphilova et Michel Eristov, Les Éditions politiques, économiques et sociales, Librairie de Médicis, Paris, 1946-1947, p. 99.
Le Coran exige du Croyant l’hospitalité, donc le respect et la protection de l’étranger:
«[…]. Ne répandez pas votre sang; ne vous expulsez pas les uns les autres de vos maisons» (II, La Vache, 84).
«Si un polythéiste cherche asile auprès de toi, accueille-le pour lui permettre d’entendre la Parole de Dieu; fais-le ensuite parvenir dans un lieu sûr, car ce sont des gens qui ne savent pas» (IX, L’Immunité, 6).
En Islam, le respect et la protection du diplomate étranger reposent sur une institution fondamentale: Al Aman, protection ou sauvegarde. Tous les musulmans doivent respecter et protéger le diplomate étranger. Le célèbre juriste turc Ahmed Rechid note: «Il est de principe que tout Musulman, de l’un ou de l’autre sexe, libre ou esclave, pieux ou impie, peut donner la sauvegarde à un mécréant: il possède la “welâyetˮ, la puissance de “émânˮ, qui confère l’inviolabilité, avec toutes ses conséquences; une inviolabilité absolue, opposable à tous les Musulmans. En matière d’“émânˮ, l’interprétation étant large, elle se trouve être accordée dans les formes les plus simples, et même tacitement. […]. Cependant, même une sauvegarde accordée par un Musulman au préjudice de la Communauté et malgré la défense formelle du khalife, doit être non seulement dénoncée préalablement et expressément, mais encore toutes choses doivent être remises en l’état; ainsi, doit-on faire parvenir les bénéficiaires de l’“émânˮ dont il s’agit, en leurs lieux de sûreté; ce n’est qu’alors que le droit de la guerre pourra, envers eux, être légalement exercé. Toute autre façon d’agir constituerait un dol ou perfidie»: Ahmed RECHID: L’Islam et le droit des gens, RCADI 1937, tome II, volume 60 de la collection, Librairie du Recueil Sirey, Paris, 1937, pp. 413-414.
Précision: RCADI: Recueil des Cours de l’Académie du Droit international (La Haye, Pays-Bas).
Selon le Khalife Omar Ibn Al-Khattab, «si un musulman fait avec sa main à un infidèle un signe répondant à ces mots: “Approcheˮ, mais qu’il se soit dit intérieurement ou même à voix basse: “Si tu viens, je te tueraiˮ, et que l’infidèle s’approche, l’Amân est le résultat nécessaire de ce signe et il ne serait pas permis de le tuer»: Choucri CARDAHI: La conception et la pratique du droit international privé dans l’Islam (Étude juridique et historique), RCADI 1937, tome II, volume 60 de la collection, Librairie du Recueil Sirey, Paris, 1937, pp. 528-529.
Aucun motif ne saurait être invoqué pour justifier la violation par les musulmans des obligations d’hospitalité, respect et protection de l’étranger: «Le dévouement jusqu’à la mort, que ne tempère ni hésitation ni restriction, valait alors autant pour l’hôte étranger que pour tout proche parent. […] La sauvegarde que l’hôte pouvait ne devoir jadis qu’à une simple clémence dépasse à présent la communauté religieuse; un sentiment d’humanité de caractère universel est né, qui ignore les frontières, une générosité dont bénéficient jusqu’aux ennemis. Cette générosité des Arabes a directement touché et fortement impressionné la chevalerie germanique»: Sigrid HUNKE: Le soleil d’Allah brille sur l’Occident. Notre héritage arabe, Albin Michel, Paris, 1963, p. 99.
De fait, «les agents diplomatiques en droit islamique jouissent de certains immunités et privilèges similaires à ceux admis par le droit international moderne. Le Prophète Muhammad lui-même accordait ces immunités aux plénipotentiaires. […]. Cette pratique, établie par le Prophète et suivie par ses Compagnons et les khalifes qui l’ont succédé, fut appliquée à tous les agents diplomatiques étrangers, même si la réciprocité n’était pas garantie. Les juristes musulmans reconnaissent ces immunités en tant que règles. Celles-ci englobent des exemptions fiscales, une protection légale absolue pour la personne de l’émissaire et pour ses propriétés durant son séjour en territoire musulman, et un sauf-conduit à son départ»: Sobhi MAHMASSANI: The principles of international Law in the light of Islamic Doctrine, RCADI, 1966, tome I, volume 117 de la collection, A. W. Sijthoff, Leyde, 1967, p. 266.
Pour ces raisons, en mission dans un pays musulman, «les émissaires ne pouvaient jamais être tués ou être maltraités»: Tanzil UR-RAHMAN: Doctrinal position of Islam concerning inter-state and international relations, in Association d’amitié franco-pakistanaise: L’Islam dans les relations internationales, Actes du IVème Colloque franco-pakistanais, Paris, 14-15 mai 1984 (Collectif), Edisud, Aix-en-Provence, 1986, p. 119.
Ahmed Rechid rappelle qu’«en Arabie, la personne de l’ambassadeur fut de tout temps considérée comme sacrée. Mahomet a consacré cette inviolabilité. Jamais, les ambassadeurs envoyés auprès de Mahomet ou de ses successeurs n’ont été molestés. Un jour, l’envoyé d’une nation étrangère s’était permis, au cours de l’audience que lui avait accordée le Prophète, des paroles outrageantes. Mahomet lui dit: “Si tu n’étais pas un envoyé, je t’aurais fait mettre à mortˮ»: A. RECHID: L’Islam et le droit des gens, op. cit., p. 421.
Toujours selon Ahmed Rechid, «Mahomet a toujours traité les envoyés des nations étrangères avec égards et la plus grande affabilité. Il lui arrivait d’entendre des propos outrageants: il supportait leur langage plein d’arrogance. Les parlementaires, ayant le caractère d’ambassadeur, ont toujours rencontré le même accueil aimable auprès des commandeurs musulmans; or, parmi ces messagers ou négociateurs, il s’en trouvait aussi qui ne le méritaient pas, étant donné que leur conduite transgressait les limites des convenances les plus élémentaires. Malgré leur indécence, leur inviolabilité était toujours respectée»: A. RECHID: L’Islam et le droit des gens, op. cit., p. 498.
Le respect et la protection du diplomate étranger valent même quand ce dernier vient d’un État accréditant en guerre contre l’État accréditaire musulman: «L’envoyé d’un prince des “gens de la guerreˮ, arrivé au camp de l’armée musulmane en qualité de parlementaire, se trouvant ainsi placé sous la sauvegarde du commandeur, jouit de l’inviolabilité. Toutefois, si, pendant qu’il accomplit sa mission, il obtient des renseignements militaires dont la communication à l’ennemi serait préjudiciable à l’armée musulmane, il est permis de le retenir jusqu’à ce que cet inconvénient disparaisse»: A. RECHID: L’Islam et le droit des gens, op. cit., pp. 497-498.
On se souvient du mot du Khalife Ali Ibn Abî Talîb prononcé devant un diplomate venu de Syrie: «Tu es en sûreté; un messager n’a rien à craindre»: Cité par: Abou Jafar Mohammed IBN JARIR IBN YAZID AL TABARI: La Chronique. Histoire des prophètes et des rois. Volume II. Les Quatre Premiers Califes, 3ème édition. Traduit du persan par Hermann Zotenberg. Préface de Jacques Berque, Actes Sud et Sindbad, Paris, 1983, p. 342.
Citons, enfin, cet exemple: «Le roi Léon envoie un évêque comme ambassadeur extraordinaire auprès d’El-Mançour, khalife de Cordoue. Devant le souverain, l’envoyé, prenant toute son arrogante fierté, prononce ces mots: “Le souverain seigneur des trois royaumes, défenseur de ses peuples et agrandisseur de ses États, le glorieux roi Bermundo, fils de Romiro, mon seigneur m’envoie à toi, Mohammed, fils d’Omer, général de Hescham, fils d’El-Hakem, qui s’intitule khalife de Cordoue, commandeur des croyants…, etc. (Que Dieu brise ses vains titres!)ˮ. Mançour sourit, lorsque le drogman répète en arabe ces paroles insolentes de l’orgueilleux serviteur de l’humble Jésus, et lui fait signe d’exposer l’objet de sa mission»: A. RECHID: L’Islam et le droit des gens, op. cit., pp. 421-422.
Le Droit international moderne consacre des règles de respect et de protection des diplomates étrangers comme le fait l’Islam depuis le VIème siècle. Dès lors, les musulmans, dirigeants comme citoyens, qui s’en prennent aux diplomates représentant des États étrangers injurient à la fois l’Islam et le Droit international. Il ne doit donc y avoir de la part du musulman réel ou supposé même à la recherche d’un label de «patriotisme sincère et réel» une fierté quelconque à brandir un écrit pour dire: «Je m’en suis pris avec véhémence à un ambassadeur étranger dans un écrit de trois pages!». Quand on est un musulman, on se souvient de l’exhortation du Prophète Mohammed: «Après moi, faites comme moi». Le Prophète a toujours honoré les ambassadeurs étrangers même dans un contexte d’hostilité.
Par ARM
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© www.lemohelien.com – Lundi 27 juillet 2026.




